Duytter


Notre perception visuelle de la réalité est influencée par le regard photographique, le cinéma, la vidéo et le numérique.
Voir le monde par les dispositifs optique d’images fixes et mobiles a modifié notre vision des choses. L’écriture de la lumière, son vocabulaire, sa grammaire a élaboré un langage que nous avons assimilé dans notre manière de voir. Nos yeux sont touchés par les variations du spectre visible, par les altérations du grain et du flou, par les déclinaisons de la profondeur de champ, qui métamorphosent le réel en mise en scène. Pourtant, même après les avant-gardes du XXe siècle, la peinture reste pour le public la référence par laquelle l’image s’élève au rang esthétique.

Parmi les artistes contemporains qui conjuguent la peinture avec la photographie, Daniel Uytterhaeghe, dit Duytter, est l’un de ceux qui allient composition et virtuosité pour matérialiser sur toile l’illumination photographique.

Paradoxalement, la matérialité de la peinture dématérialise les personnages et les objets nimbés de lumière selon une somme de traits, de masses et de volumes.
Un éclat lumineux devient touche de pinceau. Les contrastes se transforment en aplat de couleurs. L’architecture d’un lieu se décline sous forme de trame chromatique. L’aura d’un visage se manifeste dans la teinte.

Duytter parvient comme Hopper à transfigurer l’instant en espace, donnant l’illusion que chaque instant vécu a valeur d’éternité. Dès lors, l’influence de la peinture flamande et hollandaise du Siècle d’Or semble manifeste et nous ouvre vers Rembrandt et Vermeer où la matière participe de la lumière. Ainsi Duytter dépasse les références contemporaines pour rejoindre la tradition d’un art pénétrant où l’instant volé s’inscrit dans la durée.

Régis Cotentin, Curator Art Contemporain juin 2015

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